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Droits de la personne

Déclaration de l'AFPC à l'occasion de la Journée nationale des Autochtones

Le 21 juin 2008


Les Premières nations ont atteint le point d'ébullition

Fiche d'information de l'AFPC
Journée nationale de la solidarité avec les Autochtones , le 21 juin 2008

Imaginez que l'eau qui sort de votre robinet de cuisine est brun foncé, tache votre évier et dégage une odeur nauséabonde. Imaginez-vous vivre sans toilette intérieure ou sans eau courante. Imaginez que vous devez vivre avec seulement deux litres d'eau en bouteille par jour pour boire, cuisiner, vous laver et faire la lessive.

On dirait une description de la vie dans certains des endroits les plus pauvres du Sud global. Pourtant, c'est la situation actuelle de certains peuples autochtones du Canada. Selon un nouveau rapport du Polaris Institute et de l'Assemblée des Premières Nations, au moins 85 collectivités autochtones ont un système d'eau qui présente un haut risque et près d'une centaine d'autres sont visées par un avis de faire bouillir l'eau.

Les avis de faire bouillir l'eau, qui sont souvent émis lorsque les postes de chloration ou de désinfection ne fonctionnement pas correctement, devraient être des mesures temporaires. Pourtant, une communauté à Neskantaga (Landsdowne House), en Ontario, vit dans une telle situation depuis 13 ans.

Il existe peu de données sur la qualité de l'eau potable dans les collectivités inuites. On sait toutefois que dans le cadre de l'Enquête auprès des peuples autochtones de 2001, 34 % des Inuits ont dit que leur eau était contaminée à certains moments de l'année. À Nunavik (dans le Nord du Québec), 73 % des Inuits ont indiqué que leur eau était contaminée en certains temps de l'année.

Contamination et désespoir

Le manque d'accès à de l'eau propre chez les Premières nations amène la privation, le désespoir et des problèmes de santé. Pourtant, le Canada a largement les moyens de faire en sorte que personne n'ait à vivre dans de telles conditions.

Le plus tristement célèbre cas de contamination de l'eau au pays est peut‑être la tragédie qui a eu lieu à Walkerton, en Ontario, en 2000. Dans ce cas de contamination de l'eau de robinet par la bactérie E. coli, sept personnes sont mortes et des milliers d'autres ont été malades. Le gouvernement de l'Ontario a rapidement pris des mesures pour corriger le problème, et la tragédie a fait l'objet d'une enquête publique.  

En 2005, toute la collectivité de Kashechewan a été évacuée après que son approvisionnement en eau ait causé de l'impétigo et d'autres maladies de peau. L'infortune de la collectivité avait attiré l'attention de tout le pays. Pourtant, en tout moment, il y a au moins 100 collectivités autochtones dont le système d'approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées est aussi dangereux – sinon plus – que ne l'était celui de Kashechewan et de Walkerton.

Selon Phil Fontaine, chef national de l'Assemblée des Premières Nations, « [d]e telles conditions de vie ne seraient pas tolérées dans d'autres municipalités et si une crise de l'eau survenait, on s'attendrait à ce que des mesures déterminantes soient prises rapidement, comme il se doit. »

Qu'est-ce qui cloche?

En 2005, un rapport de la commissaire à l'environnement et au développement durable a souligné que les réserves n'ont pas de loi ou de règlement qui régit l'approvisionnement en eau potable comme la plupart des provinces. Pourtant, déjà 10 ans plus tôt, Affaires indiennes et du Nord Canada et Santé Canada avaient fait savoir qu'un quart des systèmes d'eau des réserves posaient de graves risques pour la santé et la sécurité.

Selon le Polaris Institute et l'APN, le fédéral serait en grande partie responsable de la situation, car il aurait mal aménagé les puits et les systèmes de filtration et se serait par la suite soustrait à sa responsabilité de les entretenir et les réparer.

Mais ce n'est là qu'une partie du problème. Bien que 330 millions de dollars aient été alloués sur deux ans dans le budget 2008 pour amener l'eau potable salubre dans les collectivités des Premières nations, l'actuel gouvernement a rejeté l'Accord de Kelowna qui prévoyait 5,1 milliards de dollars pour l'amélioration des conditions socio-économiques des peuples autochtones et leur accès à l'eau. Même si une telle somme aurait été largement insuffisante pour régler la crise de l'eau des Premières nations, elle aurait été un pas dans la bonne direction.

La privatisation n'est pas la solution

En raison du manque de leadership du fédéral concernant la crise de l'eau chez les Premières nations, les collectivités démunies risquent la privatisation de leur système d'eau. Comme le souligne le Conseil des Canadiens, les entreprises privées recherchent activement de nouveaux « marchés » dans les localités autochtones, et le gouvernement fédéral ne demande pas mieux que de recourir au palliatif que sont les partenariats public-privé.

L'AFPC maintient que la privatisation n'est pas la solution à la crise de l'eau chez les Premières nations. Les résidents d'Hamilton, en Ontario, partageraient sans doute ce point de vue. En 1994, la Ville d'Hamilton a privatisé ses services d'approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées. Le contrat de services a apporté de nombreux problèmes, notamment des déversements d'eaux d'égout et des plaintes du public selon lesquelles il était difficile d'obtenir des renseignements financiers de base sur l'entreprise en raison des règlements des American Water Services. En 2004, Hamilton a repris la responsabilité du traitement de l'eau. Un an plus tard, la direction rapportait une amélioration de l'efficacité, de la rentabilité et de la satisfaction du public.

Le temps d'agir

Dans les derniers mois, le gouvernement canadien a refusé d'adhérer à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et a voté contre une motion de l'ONU visant à déclarer que l'accès à l'eau est un droit de la personne. On comprend donc que la crise de l'eau des Premières nations n'est aucunement une priorité pour les politiciens au pouvoir.

L'AFPC organise un mouvement pour défendre les précieux services publics du pays. Nous croyons que les besoins des gens sont une priorité, et que le rôle du gouvernement est de répondre aux besoins socio-économiques du public et de voir à sa sécurité, et non pas de favoriser les profits à tout prix. Le fédéral doit prendre des mesures immédiatement pour résoudre la crise de l'eau chez les Premières nations.

– Sources : Point d'ébullition! Profil de six collectivités des Premières Nations du Canada aux prises avec la crise de l'eau, une publication du Polaris Institute, de l'Assemblée des Premières Nations et du Congrès du travail du Canada; et des renseignements de l'Organisation nationale de la santé autochtone et du Conseil des Canadiens


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Date de modification : 2008/06/20

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