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Droits de la personne
Journée des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination raciale
Compte rendu du forum « En devenir :
une fonction publique canadienne représentative, compétente et
apolitique »
(Tenu le 21 mars 2001)
Le forum a débuté par les remarques
liminaires des représentant-e-s des organismes parrains de cet
événement : Cynthia Torrico, présidente, comité d’action des
membres des groupes raciaux visibles, de l’Alliance de la Fonction
publique du Canada, (CAMGRV - RCN, AFPC) ; John Baglow, vice-président
exécutif régional - région de la capitale nationale, Alliance de la
Fonction publique du Canada (VPER - RCN, AFPC) ; Steve Hindle,
président, Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) ;
Shiv Chopra, président, Fédération des organisations sur les relations
interraciales de l’Ontario (FOIRO) ; et George Neville, secrétaire
du Conseil d’administration, Alliance de la capitale nationale sur
les relations interraciales (ACNRI).
Cynthia Torrico a souhaité la bienvenue
aux participant-e-s et a souligné que le premier forum a donné aux gens
une tribune pour leur permettre d’exprimer la souffrance que leur cause
la discrimination raciale ; ce deuxième forum nous rassemble et nous
permet d’échanger et de voir si la situation a évolué depuis le
premier forum pour ce qui est de l’élimination du racisme dans la
fonction publique fédérale.
John Baglow nous a rappelé que malgré
le progrès réalisé, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir
et nous devons lutter à plusieurs niveaux afin d’obtenir une fonction
publique vraiment représentative, compétente et apolitique. Il nous a
encouragés à défendre fermement nos principes, à continuer de faire
campagne et à demeurer vigilants.
Steve Hindle a déclaré que la fonction
publique est exclusive, non inclusive, de la riche diversité de notre
société canadienne. L’employeur ne soutient pas les talents et les
compétences de l’ensemble de sa main-d’œuvre ; malheureusement,
la main-d’œuvre la plus brillante n’est plus attirée à la fonction
publique. En parlant d’une fonction publique représentative,
compétente et apolitique, M. Hindle a ensuite ajouté : « Deux
sur trois, ce n’est pas mal, mais cela ne suffit pas. »
Shiv Chopra a déclaré que si on ne
reconnaît pas les compétences des minorités visibles, nous ne pouvons
parler de fonction publique compétente (« Je ne me contenterai pas
de faire l’affaire, je veux qu’on reconnaisse ma compétence ! »).
Le Dr. Chopra a rappelé que nous devons nous mettre dans la peau des
victimes du racisme pour comprendre véritablement ce qu’est la
discrimination. Le racisme est une terrible maladie, contre laquelle nous
ne pouvons lutter seuls.
George Neville a souligné l’importance
de l’engagement des jeunes à combattre le racisme. Nous devons
poursuivre les efforts et nous acharner contre le racisme ; c’est
la prochaine génération qui bénéficiera véritablement de nos efforts.
Notre premier conférencier, Ranjit
Perera, a évalué le progrès réalisé depuis le premier forum sur la
discrimination raciale en déclarant que, bien que la situation ait
évolué, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour éliminer la
discrimination systémique et personnelle répandue dans la fonction
publique fédérale. Le Dr. Perera a abordé, entre autres questions
importantes, celle de la discrimination raciale inhérente aux systèmes
et processus utilisés pour évaluer le mérite aux fins du recrutement et
de l’avancement dans la fonction publique fédérale. Il a souligné que,
à moins qu’on règle cette question, le Canada n’aura jamais une
fonction publique représentative, compétente et apolitique.
Le Dr. Perera a déclaré que les
minorités visibles ne réclamaient aucun privilège, mais simplement des
règles équitables leur permettant de soutenir la concurrence pour des
postes de confiance, ici, au Canada. Il a souligné que ce que
désirent les minorités visibles, c’est d’avoir la chance de
contribuer leur pleine mesure au Canada. Il a fait part de sa vision,
consacrée sur un macaron qu’il a lui-même conçu et utilisé tout au
long de sa lutte contre le racisme, une vision qui est partagée par
plusieurs minorités visibles au sein de la fonction publique fédérale -
« Je hais le racisme ; j’aime le Canada. »
Le Dr. Perera a fait remarquer que dans
une société multiraciale et multiculturelle comme celle que nous avons
au Canada, la diversité est un atout, et un atout qui aidera le Canada à
jouer un rôle de chef de file dans le monde. En conséquence, le respect
de la diversité devrait faire partie intégrante de toute évaluation du
mérite aux fins du recrutement et de l’avancement pour des postes de
confiance.
Enfin, il a souligné que même si nous
avons effectivement mis en place des lois et des politiques appropriées
visant à valoriser la diversité et à favoriser une fonction publique
représentative, compétente et apolitique, il existe un besoin urgent de
passer aux actes. En cette matière, il semble qu’il existe un
véritable manque de leadership à la grandeur du gouvernement et, qu’en
haut lieu, on ne prenne pas ses responsabilités. Enfin, nous avons
pressé le gouvernement de faire preuve d’un plus grand leadership et de
s’intéresser davantage à « l’atout que représente la
diversité ». Nous l’avons prié de nous donner, à nous, les
minorités visibles, la chance de faire notre part pour le Canada, plutôt
que d’exclure des gens compétents uniquement à cause de la couleur de
leur peau.
Le conférencier principal, le sénateur
Kinsella, nous a d’abord rappelé que, en vertu du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, l’accès à la fonction
publique est un droit de la personne, que « l’intention est sans
pertinence », et que « les structures existent
effectivement », mais qu’il « n’est pas convaincu qu’on
ait atteint les résultats parce que les mesures n’ont pas donné leur
effet maximal ». Le sénateur Kinsella a ensuite ajouté que la
résolution de ces problèmes est un ouvrage en devenir, qu’on doit
éviter de remettre l’examen de ces problèmes à plus tard, que les
choses doivent évoluer plus rapidement et que nous devons utiliser tous
les moyens disponibles à la table de négociation et devant les tribunaux.
Les problèmes ne seront pas résolus en acceptant les changements, mais
bien en imposant ces changements.
En conclusion, le sénateur Kinsella a
souligné que les sous-ministres qui ne rencontrent pas les objectifs de
leur ministère ne font pas leur travail. Il a soulevé un point
important, soit l’effritement de la démocratie dans ce pays, découlant
de la concentration du pouvoir au bureau du premier ministre et des
« mesures législatives à la Henri VIII », qui donnent un
immense pouvoir discrétionnaire aux structures de pouvoir hiérarchiques,
sans l’influence contraignante d’instruments de responsabilité
appropriés. À cet égard, il a parlé également du « Projet de
loi sur la dénonciation » qu’il a présenté au Sénat afin de
régler partiellement cette question.
Les participant-e-s à la table ronde
sur les mesures correctives étaient très dynamiques, et l’auditoire a
bien participé. Voici quelques faits saillants :
Nos amis les juristes se sont dit
consternés que l’ensemble des lois et des politiques s’harmonisent
rarement, que les questions ne sont pas réglées, et qu’autant d’argent
et de temps sont gaspillés à rechercher des solutions appropriées.
Selon M. Engelmann, au bout du compte, les questions sont tellement
compartimentées qu’il devient très difficile d’aborder le problème
de façon globale. Aussi, bien que nous puissions remporter plusieurs
petites victoires, et nous en remportons souvent, nous ne remportons pas
nécessairement la guerre contre la discrimination raciale !
On a émis l’avertissement que la
bataille n’est pas pour les personnes sensibles. Les personnes ont
besoin de toute l’aide qu’elles peuvent obtenir, de la part des
syndicats, des groupes de militant-e-s et d’autres moyens pour combattre
une fonction publique qui est prête à tout lorsqu’elle est contestée.
Vraiment, nous devons rechercher les meilleurs moyens de manifester notre
aversion envers les pratiques de discrimination raciale dans la fonction
publique fédérale.
Parmi les éléments les plus fascinants
du forum se trouvaient les commentaires adressés spécifiquement à la
Commission de la fonction publique (CFP), l’organisme de surveillance du
« principe du mérite », de même qu’au SCT et à l’agence
chargée de l’énorme tâche de mesurer les résultats et d’instituer
un cadre de responsabilisation aux agences et aux ministères fédéraux
ne réussissent pas à atteindre leurs objectifs d’équité en matière
d’emploi.
Mme Armit, vice-présidente de la
Commission de la fonction publique, a reconnu qu’un engagement de la
haute direction est essentiel, et que la responsabilité est la clé d’un
changement véritable. Selon elle, ces éléments existaient déjà dans
le discours du Trône et du Greffier.
La CFP identifie les obstacles à l’équité
en matière d’emploi dans son Étude des systèmes d’emploi. Par
exemple, elle dit que dans une étude récente sur les 10 instruments d’épreuve
les plus fréquemment utilisés pour évaluer le mérite lors de la
dotation des postes faisant l’objet de concours, on a identifié quatre
éléments comportant des risques d’incidence nuisible pour quelques
groupes d’équité. En conséquence, des mesures correctives sont
maintenant mises en place.
En ce qui concerne l’efficacité avec
laquelle les ministères ont utilisé le système de dotation afin d’atteindre
les objectifs du gouvernement, Mme Armit souligne que de révéler
publiquement les véritables statistiques et identifier les ministères
qui accusent du retard quant aux objectifs peut aider à faire pression
sur ces derniers.
Au cours du dialogue qui a suivi son
exposé, plusieurs personnes dans l’auditoire ont fait remarquer que des
politiques et des lois admirablement rédigées masquent parfois la
réalité. Plusieurs participant-e-s ont critiqué vertement la CFP parce
qu’elle ne semble pas jouer son rôle auprès des agences et des
ministères gouvernementaux et exiger que les nominations au sein de la
fonction publique soient fondées sur le mérite et que le principe du
mérite soit appliqué sans aucune discrimination raciale.
Mme Armit a estimé que le dialogue et
les opinions exprimées justifiaient un forum de discussion. À l’évidence,
il n’était pas facile pour elle de recevoir tous ces témoignages de
frustration, mais la plupart des personnes dans l’auditoire, ainsi que
Mme Armit elle-même, n’ont pas considéré les commentaires comme
personnels. Tout le monde était bien conscient du fait que Mme Armit n’était
qu’une messagère. Au contraire, ce forum a renforcé sa décision de
rendre compte à son agence du « moral des troupes » et de l’urgent
besoin d’adopter des mesures propres à donner à donner des résultats
concrets concernant l’équité en matière d’emploi.
Le mot de la fin a été livré par John
Baglow (AFPC) et Nita Saville (IPFPC).
M. Baglow a rappelé les statistiques
énoncées par le sénateur Kinsella et a ajouté qu’outre ces chiffres,
qui donnent à réfléchir, nous avons d’autres témoignages qui en
disent long. L’enquête menée récemment auprès des employé-e-s a
révélé le haut niveau de harcèlement auquel sont confrontés les
membres des groupes d’équité. Ainsi, comme l’a si bien dit le
sénateur Kinsella, nous devons utiliser tous les moyens pour aller
de l’avant : griefs, recours légaux, pressions politiques, etc.
Mais ne soyons pas complaisants ; surveillons plutôt la nature de l’État.
Ceux qui détiennent le pouvoir aiment
jouer sur deux tableaux. Par exemple, la Commission canadienne des droits
de la personne fournit un mécanisme de recours, mais il est difficile d’y
accéder. Comme le dit Peter Engelmann : « Maintenant, nous
avons les tribunaux d’équité en matière d’emploi, qui font la même
chose. De plus en plus de recours, qui reviennent tous au même, nous
donnent l’illusion que nous avons plusieurs solutions, mais nous n’en
n’avons pas ! ».
Ne laissons pas le système décider de
sa propre réforme, d’ajouter M. Baglow. La mobilisation est la
solution, le travail sur le terrain, l’action directe...En tant que
syndicat, nous luttons pour demeurer dans la course afin de défendre dès
le départ les droits de la personne pour chacun de nous. En terminant, M.
Baglow nous a invités à continuer d’exercer des pressions.
Nita Saville a déclaré que « lorsqu’on
refuse à des personnes compétentes et douées l’accès à l’ensemble
des perspectives de carrières et des chances d’avancement, parce qu’elles
sont différentes en raison de leur race ou de la couleur de leur peau, la
fonction publique est anémique et incomplète. Malheureusement, dans les
milieux de travail actuels, la différence est trop souvent un facteur
négatif, une barrière entre la minorité visible et de la majorité
invisible, l’étiolement de la compassion et de l’intégrité humaine
devant le principe fondamental que nous naissons tous égaux. La bonne
nouvelle, c’est que nous avons plusieurs moyens à notre disposition -
la Loi canadienne sur les droits de la personne, la Loi sur l’emploi
dans la fonction publique, la Loi sur les relations de travail dans la
fonction publique, ainsi que plusieurs autres recours légaux et solutions
éthiques. La mauvaise nouvelle, c’est que nous devons encore recourir
à ces moyens ! Mais ce ne sont que des moyens ! Il nous
revient d’utiliser ces outils avec persévérance. Si nous voulons faire
changer les choses, nous devons exposer clairement nos objectifs visant à
éliminer la discrimination raciale et à faire respecter les politiques
qui garantissent ces objectifs. »
En terminant, Mme Saville a ajouté :
« Aujourd’hui, je suis venue pour apprendre. Aujourd’hui je
repars encore plus déterminée que jamais à faire ma part pour atteindre
ces objectifs, si clairement exprimés aujourd’hui, en vue d’obtenir
une fonction publique enrichie d’une diversité, une diversité
recherchée, appréciée et célébrée ! ».
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