Privatisation
Le Congrès 2003 abordera la question de la privatisation. Vous pouvez
lire le document de discussion pré-congrès sur la privatization en
cliquant ici
(format pdf).
Autres renseignements
En avril 2001, les membres de l'AFPC étaient en nombre à une conférence nationale regroupant plus de 400 activistes syndicaux réunis à Ottawa pour combattre la privatisation des services publics. Dans le cadre de
cette conférence, organisée par le Conseil du travail du Canada (CTC), les délégué-e-s ont partagé les succès de différentes
campagnes contre des mesures de privatisation menées au Canada et à l'étranger. Parmi les orateurs, Oscar Olivera, secrétaire exécutif de la Fédération des travailleurs d'usines de Bolivie, qui a décrit comment une mobilisation massive de gens ordinaires a réussi à reprendre la propriété publique du contrôle de l'eau potable, qui avait été confiée à une
compagnie privée multinationale.
La présidente de l'AFPC, Nycole Turmel, a indiqué que les membres de son syndicat luttent contre tous les projets de privatisation qui sont mis en marche. « Que ce soit la privatisation de l'inspection des aliments, du registre des armes à feu, de la sécurité aérienne ou de la chaîne d'approvisionnement, notre syndicat se joint aux coalitions, aux
collectivités et aux militant-e-s syndicaux pour défaire ces projets. Si ce gouvernement suit la tendance des 20 dernières années, le gouvernement virtuel, ça promet ! » Elle a exhorté les délégué-e-s à forcer les gouvernements à mettre leurs projets de privatisation sur la glace, à parler ouvertement de privatisation sur nos lieux de travail, à partager nos
expériences de lutte contre la privatisation. « En tant que syndicalistes, nous n'avons pas peur de retrousser nos manches et d'agir. Ensemble, avec nos partenaires sociaux et nos collectivités, nous pouvons bâtir la solidarité qu'il faut pour définir l'avenir. Et nous pouvons vaincre. »
L'AFPC a délégué 93 membres, dirigeant-e-s élus et employé-e-s qui ont participé à des ateliers d'où est issu un plan d'action en 10 points. La conférence a également produit une déclaration selon laquelle le CTC et les syndicats affiliés s'engagent à mettre sur pied une campagne exhaustive permanente dans nos
lieux de travail afin de faire la promotion et de reconstruire des services publics de qualité. La déclaration affirme que les services publics doivent être financés adéquatement par un système d'impôt progressif et rendus seulement par des travailleurs et travailleuses du secteur public qui sont redevables aux contribuables canadiens. Nous devons faire en sorte que
les Canadiens et Canadiennes puissent compter sur des services publics de qualité incluant, sans s'y limiter, la santé, l'éducation, la sécurité sociale et des mécanismes d'appui, de même qu'un système de réglementation publique sain.
Allocution de Nycole Turmel, présidente nationale de l'AFPC
Bonjour consoeurs et confrères,
Au moment de préparer les commentaires que j’allais présenter aujourd’hui, je n’ai pu m’empêcher de penser à mes petits-enfants. Étrange, direz-vous, mais je me suis dit qu’à moins de nous engager tous et toutes dès maintenant à combattre la privatisation des services publics, mes petits-enfants grandiront dans la
peur.
Non, n’allez pas penser que je dramatise. Nos enfants ne devraient-ils pas avoir peur de consommer des viandes, poissons et même des grains qui n’ont pas été assujettis aux normes les plus strictes qu’impose le système public actuel? Nos enfants ne devraient-ils pas avoir peur de prendre l’avion quand on sait qu’il deviendra impossible d’assurer
la sécurité des aéronefs ? Nos enfants ne devraient-ils pas avoir peur de voir l’enregistrement des armes à feu confié à des intérêts privés. Bien sûr qu’ils devraient avoir peur. Nous devrions tous avoir peur !
Nous avons tous même très peur ! Nous voyons partout autour de nous des exemples de la dévastation que peut entraîner la privatisation. Il y a quelques instants, nous avons entendu parler des répercussions de la privatisation de l’eau en Bolivie et de la privatisation de l’inspection des aliments en Grande-Bretagne.
Combien d’autres exemples pourrions-nous donner ici même, chez nous. Mais depuis quelques jours, le son de cloche que j’entends, c’est que nous en avons assez.
Je voudrais vous parler des moyens que les membres de l’AFPC prennent pour riposter.
Lorsque vous irez prendre le déjeuner, aujourd’hui, pensez un peu aux membres de l’AFPC employés à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Leurs négociations ne se passent pas très bien actuellement. Ces membres constituent notre première ligne de défense, sur qui nous comptons pour empêcher que la contamination des
aliments donne lieu à des maladies graves, pouvant même entraîner la mort.
Si je vous disais que le gouvernement fédéral, bon copain des grandes sociétés, s’apprête à déréglementer la sécurité des aliments ----autrement dit, privatiser. Si vous mangez du poulet, sachez que le gouvernement a fait accélérer la vitesse des chaînes de production, rendant l’inspection beaucoup plus difficile.
Nos membres qui travaillent à l’ACIA sont déterminés à assurer la sécurité des aliments que nous consommons. Ils luttent contre tous les projets courants de réduction des coûts visant à privatiser et déréglementer.
C’est en renseignant le public que nous pouvons riposter. La collaboration avec les coalitions comme la Coalition canadienne de la santé et le Conseil des Canadiens est une autre importante mesure de riposte tout comme la solidarité avec les syndicats et les coalitions à l’échelle internationale. Nos membres de l’Agence d’inspection
des aliments sont résolus à protéger la sécurité des aliments, non seulement au Canada mais dans le monde entier. Il nous faut tout faire pour empêcher les sociétés canadiennes d’exporter des aliments non inspectés et exiger que tout produit alimentaire importé soit inspecté au Canada.
Les projets fédéraux de privatisation ne font pas tous la manchette des journaux, comme le fait la question de la sécurité des aliments. Pourtant, elles le devraient. Sur le plan juridique, le gouvernement fédéral a le droit de s’approprier plus de renseignements personnels que presque toute autre organisation publique ou privée
au Canada. Qu’il s’agisse de la privatisation des demandes de passeports, de l’enregistrement des armes à feu ou d’un autre projet quelconque de privatisation, le gouvernement met notre vie privée en péril. Alors, nos membres ripostent, dans leur lieu de travail et dans leurs collectivités, à la grandeur du pays.
Prenons quelques instants pour regarder vers l’avenir. Imaginez une société dont le gouvernement fédéral se définit au moyen de la technologie. Le commerce virtuel, c’est une chose, mais le gouvernement virtuel, c’est toute autre chose. Si le gouvernement suit la tendance des vingt dernières années, le gouvernement virtuel,
ça promet ! Ceux et celles d’entre vous qui ont déposé leur rapport d’impôt par Internet se sont fiés au professionnalisme, à l’honnêteté et à l’intégrité de nos membres qui travaillent à l’Agence des douanes et du revenu du Canada. Et, pour cause ! Les ordinateurs de l’ADRC vont puiser sur votre disque dur les renseignements fiscaux
qui s’y trouvent. À mesure qu’évoluera ce processus, les agences gouvernementales comme l’ADRC auront accès à un éventail presque illimité de détails personnels.
Qu’arriverait-il si ces services gouvernementaux étaient privatisés ? Imaginez un peu une banque ou une compagnie d’assurance qui aurait directement accès aux renseignements sur votre revenu - non seulement le salaire que vous gagnez mais les moindres détails de votre vie financière.
Nos membres ont déjà commencé à lutter contre le gouvernement virtuel. Nous avons l’intention de mener la lutte, mais cette question concerne tout le monde et nous comptons sur votre appui et sur celui des coalitions, partout au pays.
Nous luttons avec acharnement contre la privatisation, mais celle-ci a parfois raison de nous. Quand cela se produit, nous luttons pour protéger les droits économiques de nos membres et, bien sûr, pour conserver nos membres.
Je voudrais vous parler un peu de nos membres qui ont défié la société transnationale SERCO à Goose Bay-Labrador.
Notre campagne visant à obtenir les droits de successeur et une convention collective adéquate a porté fruit. SERCO s’est vu obligée de respecter la convention collective entre les travailleuses et travailleurs et le gouvernement fédéral. C’était là une victoire retentissante pour les membres de l’AFPC, parce que la
privatisation allait coûter encore plus cher au gouvernement fédéral et réduire davantage les profits qui avaient rendu la situation alléchante pour SERCO, initialement.
On pourrait croire que l’expérience de SERCO aurait servi de leçon au gouvernement fédéral et aux sociétés à but lucratif qui cherchent à s’accaparer les services publics. Ne devrait-il pas être évident que les droits de successeur devraient s’appliquer de façon à protéger les droits économiques et professionnels que
les membres de l’AFPC ont si durement gagné ?
Toutefois, les « privatiseurs » fédéraux continuent à se moquer de la loi, et les membres de l’AFPC en Saskatchewan et ailleurs sont contraints de livrer à nouveau la même bataille.
Certains membres de l’AFPC qui ont milité à Goose Bay sont avec nous aujourd’hui, tout comme les nombreux confrères et consoeurs qui les ont appuyés dans leur lutte. Pour le moment, leur bataille est terminée. Mais l’AFPC et d’autres syndicats tirent profit de cette expérience pour combattre la privatisation à Terre-Neuve
et au Labrador, et ailleurs au pays.
Lorsqu’il s’agit de lutter contre la privatisation, il faut aussi lutter pour conserver nos membres et ne pas les lâcher. À l’AFPC, nous avons immanquablement réussi à réaccréditer nos membres qui sont passés du gouvernement à une agence distincte ou au secteur privé.
Dans ces situations, nous avons trouvé le moyen de maintenir les niveaux salariaux de la fonction publique et souvent même à améliorer les conditions d’emploi. Les conventions que nous avons négociées, par exemple, au nom de nos membres aux aéroports, sont plus avantageuses, dans la plupart des cas, que ne l’étaient celles qui
avaient été négociées quand le gouvernement fédéral était l’employeur direct. Il est donc beaucoup plus difficile pour le gouvernement de vendre des agences distinctes au secteur privé. De plus, la situation est beaucoup moins tentante pour les sociétés à but lucratif qui auraient voulu acheter et réaliser des profits sur le dos d’une main d’œuvre bon
marché.
Enfin, je tiens à souligner que nous pouvons sortir victorieux des luttes que nous cernerons cette semaine. Il n’en tient qu’à nous de prendre les mesures nécessaires.
Nous devons forcer la main des gouvernements pour qu’ils divulguent leurs projets de privatisation.
Nous devons être à l’affût des signes qui laissent présager une privatisation prochaine.
Nous devons en parler entre nous, au travail. Nous devons nous concentrer sur la responsabilité démocratique que nous partageons et qui est à la source des services publics.
Nous devons rejeter le principe selon lequel il faut privatiser les services publics qui ne sont pas rentables.
Nous devons voir à ce que les services publics demeurent accessibles à tous et toutes, non seulement aux mieux nantis.
Nous devons parler des expériences que nous avons vécues et des effets dévastateurs de la privatisation sur nos collectivités.
Il est vrai que la réalité qui se présente à nous durant cette conférence est plutôt brutale. Mais, comme syndicalistes, nous avons maintes fois prouvé que nous n’avons pas peur de nous relever les manches et d’agir. De concert avec nos partenaires sociaux et nos collectivités, nous pouvons bâtir la solidarité qu’il faut
pour définir l’avenir. Et nous pouvons vaincre.
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